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B-1 Lancer

Dernière actualisation le 31 mars 2009

La vie du B-1 Lancer fut un véritable parcours du combattant. Son développement laborieux traversa de nombreux passage à vide mais le résultat est aujourd'hui une franche réussite. En tout point complémentaire du B-2 Spirit, sa principale mission est le bombardement lourd à basse altitude. Le B-1 fut aussi l'objet de nombreux débats portant sur la concurrence entre les missiles de croisière intercontinentaux et les bombardiers, ou encore sur le prix du bombardier, un seul avion coûtant environ 200 millions de dollars soit 1,2 milliards de francs! A ce prix là, il est aisé de comprendre pourquoi seul l'US Air Force dispose d'une flotte stratégique digne de ce nom (les russes possédent aussi des bombardiers mais en piteux états).

Les études du B-1 commencèrent dès 1961. Le bombardier supersonique North American XB-70 Valkyrie venait d'être abandonné et l'Air Force lança alors le programme LAMPS (Low Altitude Manned Penetrating Systems) renommé AMSP (Avanced Manned Strategic Aircraft) en 1965. le besoin portait sur un bombardier strat&eacutegique supersonique à long rayon d'action devant remplacer les B-52 Stratofortress dans la triade nucléaire am&eacutericaine à partir de 1980. Les études préliminaires continuèrent jusqu'en 1969, lorsque l'appel d'offre fut enfin émis. Ce départ laborieux du programme était dû à l'Air Force qui ne voulait pas rencontrer une nouvelle fois un développement difficile tel que ceux des B-58, XB-70, F-111...Mais le principal fautif était surtout le Secrétaire à la Défense McNamara qui préférait les missiles de croisière, pensant que le FB-111 pouvait suffir à assurer les missions de bombardement stratégique. Le programme AMSP fut donc ajourné en 1966. L'arrivée de l'administration Nixon changea la donne et le nouveau président relança les B-1.

Suite à l'appel d'offre, North American et General Dynamics furent retenus pour la construction de quatre prototypes en 1970. La fabrication débuta en mars 1972 et fut terminée fin 1974. le vol inaugural eut lieu le 23 décembre 1974. Les prototypes étaient alors propulsés par quatre turboréacteurs F101-GE-100 développant une poussée unitaire de 13.600 kg. Les B-1A possédaient d'impressionantes performances : un rayon d'action de 9800 km sans ravitaillement, une vitesse de croisière transonique (un peu moins que Mach 1), des pointes en haute altitude à plus de Mach 2 et de Mach 1,2 au niveau de la mer. Ces bombardiers se caractérisaient aussi par leur géométrie variable que l'on retrouve sur le F-111 et sur les bombardiers russes Tu-22 Backfire et Tu-160 Blackjack. Cette technologie permet d'avoir une flèche optimale pour tous les régimes de vol : lors de missions à basse vitesse, la flèche est minimale (afin d'obtenir une portance élevée) sur le B-1A elle atteignait 15°. Pour les vols à grande vitesse, la flèche est maximale (sur B-1A elle est de 67,5°) afin d'obtenir un meilleur rendement aérodynamique et donc de meilleurs performances. Une autre caractéristique des B-1A réside dans leur cabine ejectable. Lors d'un danger, au lien d'avoir seulement l'ejection des sièges, c'est toute la cabine qui contiend les quatres membres de l'équipage qui se sépare de la cellule. Ce système fut toutefois jugé trop coûteux, trop compliqué et trop lourd et le quatrième prototype fut équipé de sièges ejectables conventionnels. Enfin, la principale caractéristique du B-1 est le surpuissant et ruineux système de contre-mesures électroniques AN/ALQ-161. Ce système pesant plus de deux tonnes et consommant 120 kW construit par AIL lui value d'ailleurs sa triste réputation de "seul bombardier capable de se brouiller lui-même" ! Au niveau de l'armement, le Lancer possède trois soutes dans lesquelles il peut emporter huit missiles AGM-69 SRAM (Short Range Attack Missile) ou 11.300 kg de munitions conventionnelles ou nucléaires. A celà se rajoute quatre points d'emports externes sous les ailes permettant d'emport de 2 missiles SRAM sur chaque point ou 4530 kg de munitions diverses (au total un B-1A pouvait donc emporter 32 SRAM ou 52 tonnes d'armements divers).

En 1978, sous l'administration Ford, 244 avions furent commandés. Mais l'arrivé du Président Carter provoqua le 30 juin 1977 l'annulation de la production du B-1 au profit de développements de nouveaux missiles de croisière (ou ICBM pour Intercontinental Balistic and Cruise Missile). Les raisons invoquées était la forte dérive des coûts qui fit passer le prix d'un avion de 30 millions de dollars à 100 millions ainsi que la vulnérabilité du B-1 face au système air-sol SAM plus grande que celle des ICBM. Le développement du système ALQ-161 était alors partiellement achevé et le quatrième prototype en cours de construction. Malgré l'annulation, les essais en vol continuèrent et le B-1 numéro 4 fut achevé en février 1979. Cet abandon du programme aboutit à de nouvelles études concernant un avion alternatif servant comme vecteur pour les missiles de croisière (plus simplement : un porte-missiles de croisière). Un dérivé du B-1 apparut alors comme le meilleur candidat à ce nouveaux genre de bombardier. En 1981, l'administration Reagan relança finalement le projet devant aboutir au B-1B.

Le B-1B est beaucoup moins ambitieux que son prédecesseur et était destiné à contrer le bombardier stratégique russe Tu-160 Blackjack, lui même lancé pour en réponse au B-1A. Rockwell, le successeur de North American a d'abord changé les moteurs F101-GE-100 par des F101-GE-102. La flèche maximale fut aussi réduite à 60° (au lieu des 67,5 initiaux). Cette modification entraina la réduction de moitié des capacités supersoniques du B-1 (1.330 km/h en haute altitude, soit juste un peu plus que Mach 1). La nouvelle mission type du Lancer était le bombardement nucléaire et conventionnel à basse altitude sous la couverture des radars soviétiques. Pour assurer ce type de mission, le B-1 devait obligatoirement se faire discret. C'est pourquoi il fut le premier bombardier lourd à incorporer des technologies furtives (en l'occurence l'emploi de matériaux absorbant les ondes radar) qui le rendent 100 fois moins visible au radar qu'un B-52. Les différents système d'autoprotection furent aussi renforcé afin de diminuer la vulnérabilité de l'appareil critiquée dans les années 70. La masse maximale du bombardier fut aussi augmenter de 3% passant à 216,4 t.

En 1981, le Congrès autorisa la commande de 100 B-1B. La production devait se faire en cinq tranches de 1, 7, 10, 34, 48 appareils. Le vol inaugural eut lieu en octobre 1984 et le premier appareil fut livré en juin1985 au 96° Bomb Wing de Dyess AFB, Texas. Dès 1988, le dernier appareil fut achevé et les chaînes de production fermèrent définitivement après avoir atteind des cadences records d'un appareil par semaine! Durant la Guerre Froide, le B-1B servait dans quatre escadre : le 96° BW de Dyess AFB (Texas), le 28° BW d'Ellsworth AFB (Dakota du Sud), le 319° BW de Grand Forks AFB (Dakota du Nord), et le 384° BW de McConnell AFB (Kansas). Avec la fin de la Guerre Froide et la dissolution du SAC (Strategic Air Command) en 1991, les Lancer ont été reversé à l'Air Combat Command. Douze bombardiers équipent depuis 1996 une unité de réserviste de l'Air National Guard : le 184° Bomb Group du Kansas. La mise en service fut émaillé de nombreux accidents qui causèrent la perte de 9 appareils (en comptant les crashs de deux des B-1A).

Le B-1B est propulsé par quatre turboréacteurs General Electric F101-GE-102 montés, deux par deux, sous le fuselage. Ces turboréacteurs plus puissants que les premiers -100 développent une poussée unitaire de 14.800 kg avec postcombustion. Ils permettent au B-1B de voler sur 12.000 km sans ravitaillement lui assurant ainsi un rôle intercontinental indiscutable. Les performances du Lancer sont toutefois décevantes en raison d'une charge alaire trop élevée et d'un rapport poussée/poids. Alors que le B-1A pouvait dépasser "facilement" les Mach 2, le B-1B arrive seulement à Mach 1,2. Les F101 contribuent beaucoup à la furtivité de l'avion grâce à leur faible signature infrarouge. Les nacelles du B-1B ont également été retouchées.

L'avionique du Lancer possède un rôle important dans la réussite des missions. En effet le profil de mission du B-1B (vol de pénétration des défenses ennemies à basse altitude) est par nature dangereux. C'est pourquoi depuis le début du programme la plus grande importance a été accordée aux systèmes d'autoprotection avec comme plus bel exemple le puissant système de contre-mesures ALQ-161. Le radar à balayage électronique Westinghouse APQ-164 permet aussi au B-1B d'assurer avec succè,s ce type de missions : son mode suivie de terrain autorise le pilote à voler en aveugle avec une vitesse proche des 1000 km/h et à moins de 100 m d'altitude. L'équipage des B-1 est constitué de quatre membres (le commandant de bord, le pilote, l'officier des systèmes offensifs et l'officier des systèmes défensifs). Les deux derniers membres possèdent juste un petit hublot pour voir l'extérieur.

Durant la Guerre Froide, les B-1B étaient en prioriteé armés pour les missions nucléaires stratégiques mais avec l'effondrement de l'URSS, la signature des accords de diminution des arsenaux nucléaires SALT II et le nouveaux contextes des conflits actuels (Guerre du Golfe ou Kosovo) le rôle du B-1B a considérablement évolué. Aujourd'hui, il n'est plus question de passer au-dessus d'une ville peuplée de civils et de larguer des tonnes de bombes un peu n'importe où et encore moins d'utiliser une charge nucléaire. Pour les missions modernes, la précision des frappes et beaucoup plus importante que les bombardements destructeurs et imprécis (également tr&eagrave;s sauvage). Les armements de précision ont fait d'énormes progrés et peuvent désormais toucher leur cible avec une précision mesurée en centimètres. Le système d'arme du B-1 a donc dû s'adapter. C'est pourquoi l'USAF lança en 1994 le programme CMUP (Conventional Mission Upgrade) estimé &agave; 2,7 milliards de dollars. Les B-2 Spirit et B-52 Stratofortress subissent &eacutre;galement ce programme en parallèle afin de posséder les mêmes capacités d'attaque tout-temps. L'armement initial du B-1B pour les missions de bombardements conventionnels résidait dans les bombes Mk-82 de 500 livres (environ 230 kg). Les "bomb module" (je n'ai pas trouvé de bonnes traductions françaises) pouvaient emporter chacun 28 de ces bombes. A raison d'un "bomb module" par soute, le Lancer pouvait ainsi emporter 84 bombes. Il pouvait aussi emporter dans une autre configuration 84 mines Mk-31/36. Le block C a ensuite permit l'intégration des CBU-87, CBU-89 et CBU-97 (CBU est l'acronyme de Cluster Bomb Unit). Pour ce faire, les "bomb module" furent modifiés pour accueillir 10 rack de Cluster Bombes de 1000 livres.

L'intégration du block suivant, le block D, touche à aujourd'hui à sa fin, le dernier des 93 appareils restants devant être modifié en 2002. Cette modernisation permet aux B-1 d'emporter des bombes munies d'un kit de guidage satellite JDAM (Joint Defense Attack Munition). Les bombes JDAM &eacut;taient d'ailleurs attendues depuis longtemps par l'USAF et semblent bien réussire au B-1, un avion de l'Air National Guard ayant réussit à 100% un bombardement de trois JDAM lachés sans aucune visibilité. Après modifications des "bomb module" (entre temps rebaptisé "Weapons module"), les B-1 peuvent emporter 8 JDAM par soutes soit 28 au total. Ce block vit aussi les premières améliorations de l'avionique. Les contre mesures électriques furent mises à joures et les leurres remorqués ALE-50 int&eacutre;grés dans la queue furent montés. Ce sont d'ailleurs des B-1 à ce standard qui ont ét&eacut; impliqués dans les frappes au Kosovo et qui ont efficacement démontrés l'efficacité de ses différentes modernisations face contre les défenses sol-air serbes.

Le block E, en cours d'intégration concerne essentiellement trois nouveaux armements GPS : le dispenseur guidé de sous-munitions WCMD (Wind Corrected Munitions Dispenser), le cargo à munitions AGM-154 JSOW (Joint StandOff Weapon) et le missile de croisière AGM-137 JASSM (Joint Air to Surface standoff Missile). Le B-1 sera alors capable d'emporter dans chacune de ses soutes ces trois types d'armes, l'armement des Lancer sera alors constitué de 4 JSOW, 10 WCMD et 8 JASSM. Ce block exige aussi de nouveaux barillets ainsi que quatres calculateurs numériques. Les essais auraient normalement dû avoir lieu en début d'année mais aucune information n'a à ma connaissance confirmée ces essais. Si le planning de Boeing qui a repris le B-1, est tenu le lancement de la production des kits devait avoir lieu en 2003 et les modifications se termineraient en 2005.

Un block F est également prévu. Cette modernisation concerne l'avionique est en particulier le très performant système de contre-mesures ALQ-161. Bien que ce système soit exceptionnellement performant (selon certains pilotes de l'USAF trop performant...), son remplacement est inévitable si le B-1 veut rester à jour avec les évolutions des menaces. C'est le système AN/ALQ-214 qui aura la tache de remplacer l'ALQ-161. Ce système est dérivé du système intégré IDECM de l'US Navy. Un detecteur de radar ALR-56 viendra aussi le compléter. Cependant le block F accuse déjà un retard de plus de 16 mois ainsi que de forts dépassements de coût. C'est pourquoi le Pentagone a durant l'année 2000 sérieusement remis ce block en question, il semblerait toutefois qu'avec l'arrivée de l'administration Bush et le recentrage des moyens vers la zone Pacifique, les soucis disparraissent principalement grâce à l'important rayon d'action du B-1.

Sur un avenir plus éloigné l'USAF réfléchit à un block G. Cette modernisation sera probablement centrée sur l'avionique. L'intégration d'un système de liaison de données 16 est au programme. Elle permettra à l'équipage du B-1 de communiquer avec les avions qui l'accompagnent. Le cockpit devrait aussi recevoir de nouveaux écrans multifonctions couleur permettant une reprogrammation des missions de vol. Enfin, le radar à ouverture synthétique APQ-164 sera également rafraichit : sa résolution devant atteindre 30 cm contre les 3 mètres actuels. Les données du radar seront alors fusionnées avec le système GPS et permetteront une meilleure utilisation des JDAM, JSOW et JASSM en augmentant le nombre de cibles détectables et en multipliant la précision par deux. Le développement de ce block ne devrait toutefois pas commencé avant fin 2003.

Aujourd'hui les équipages de Lancer ont retrouvé la place qui leur revient dans l'arsenal américain comme en témoigne l'engagement pour la première fois dans un conflit de six bombardiers en 1998 lors de l'opération Desert Fox contre l'Irak et leur engagement plus récent lors du conflit au Kosovo. D'après les plans de l'USAF, les B-1 devaient rester en service au moins jusqu'en 2002. Cependant, des informations émanants des journalistes (et à prendre avec beaucoup de recul) annonçaient la participations de quelques uns de ces bombardiers à la campagne en Irak. Actuellement l'USAF exploite 93 B-1B ce qui en fait le bombardier le plus important, en terme de nombre, de l'USAF qui exploite une flotte totale de 190 bombardiers (21 B-2, 76 B-52H et 93 B-1B).

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