Actualité aéronautique

Replic'Air veut faire voler un Morane-Saulnier type G

Article publié le 19 mai 2012 par David Barrie

AeroWeb-fr.net a pu rencontrer, lors du 14e Rassemblement International d'Hydravions de Biscarrosse, Arnaud Montoya, responsable de l'association Replic'Air qui envisage de construire l'avion qui a permis à Roland Garros de traverser la Méditerrannée pour la première fois en 1913.

AeroWeb-fr.net : Pouvez-vous nous expliquer comment Replic’Air a été lancé ?

Arnaud Montoya : C’est une association créée il y a un an pour réaliser des répliques d’avions ayant fait évolué l’aéronautique. Pour cela, nous avons souhaité partir des plans anciens, mais avec des techniques modernes : modélisation, production, ... Même si nous respectons les matériaux (bois et fer), les ferrures seront par exemple découpées numériquement au laser et pliées grace aux liasses que nous avons tirées sous Catia ; cela permet simplement une production plus rapide des pièces, contrairement à de la restauration classique où les pièces sont redessinées et découpées une par une.

AeroWeb-fr.net  : Pourquoi avez-vous choisi le Morane-Saulnier type G ?

Arnaud Montoya : Nous avons à l’origine choisi de faire une réplique simple. Ensuite, la stabilité en vol du type G a été prouvée. On avait déjà une vision sur la sécurité en vol car notre but était de faire une réplique qui puisse voler, pas seulement au statique. Ensuite, le Morane-Saulnier type G a volé avec Roland Garros. Le type G a a participé à la coupe Schneider (lors de la première édition en 1913 à laquelle il termina second) et a remporté la coupe Pommery. Il a battu des records de vitesse et d’altitude. Ils ont aussi fait les premières longues distances, dont la première traversée de la Méditerranée. Cet avion présente une vraie qualité historique. 

AeroWeb-fr.net :  A l’instant où nous parlons, qu’avez-vous produit et que vous reste-t-il à faire ?

Arnaud Montoya :Nous avions fini la phase de modélisation. Elle a nécessité la récupération des plans originaux, qui nous ont été généreusement fournis par l’association "Les Casques de Cuir" à La Ferté Alais. Ensuite, nous avons commencé à modéliser l’avion  sous Catia. Nous avons parfois rencontré certaines contraintes qui n’existaient pas à l’époque. Pour être sûrs de notre verdict, nous avons fait valider nos plans par deux "experts", Gérard Desbois (mécanicien naviguant sur l’A380) et Gérard Hardy (Ingénieur de haut niveau sur le Beluga, notamment).  Ils nous pont posé beaucoup de questions sur les matériaux, les plans. Ils ont trouvé que les plans étaient conformes. En février dernier, nous avons donc commencé la phase de production. Nous avons pris du bois pour le fuselage. Nous avons réalisé le premier flanc de fuselage et contraint le bois pour épouser la forme du type G. Nous en sommes maintenant au deuxième flanc de fuselage pour contraindre le bois. Contrairement à l’original, le bois est du contrecollé et non du massif comme il y a un siècle. Nous avons débuté la construction de ferrures. Elles sont fabriquées de manière moderne (numérique). Toutefois, pour le fuselage, nous avons des cordes à piano pour régler la tension du fuselage et elles sont régler par des raidoirs. Ceux-ci, fournis par l’AJBS, sont d’époque, de 1912. Une fois que les deux flancs seront assemblés, nous nous attaquerons aux cordes à piano, dès cet été normalement. Au mois de juin, nous lançons en parallèle la production des ailes : débitage du bois, découpe de longerons avec les nervures et nous prévoyons l’assemblage à l’automne, chez Derichebourg près de Toulouse.

AeroWeb-fr.net :  Justement, où êtes-vous basés ?

Arnaud Montoya : Nous sommes basés à Toulouse et le premier vol se fera sur l’aérodrome de Sabonnères, à la limite de la Haute-Garonne et du Gers, au sud de Toulouse, sur une piste en herbe. A partir de ce vol, il y aura une phase d’essais en vol et une phase d’essais d’endurance car le vol de Roland Garros a duré huit heures (à cause d’un incident et une descente de régime moteur). Même si on pense être plus rapide, il faut tout de même de l’endurance pour le pilote.

AeroWeb-fr.net : Quand espérez-vous effectuer le premier vol ?

Arnaud Montoya : Le premier vol serait prévu pour le printemps 2013.

AeroWeb-fr.net : Pour le faire voler, il faut un moteur …

Arnaud Montoya : Toujours pour des raisons de sécurité, une fois les plans finis, nous avons réalisé que nous pourrions traverser la Méditerranée pour le centenaire. Nous avons pensé prendre un moteur "moderne" qui ressemble au Gnome d’époque mais qui est un Rotec de 110 cv. Actuellement, comme c’est la plus grosse partie financièrement parlant,  nous lançons une campagne de souscription pour un appel aux dons dans le but d’ obtenir le moteur d’ici la fin de l’année.

AeroWeb-fr.net : Il faut de l’argent pour faire fonctionner une telle structure. Vous utilisez vos fonds propres ou avez-vous des sponsors ?

Arnaud Montoya : Pour le moment, c’est un budget peu conséquent et nous y arrivons en toute autonomie. Nous avons prévu un échéancier financier sur trois ans même si la rapidité de la construction nous amènera à un avion fini en un an. La fondation du patrimoine nous a agréé en tant que valorisation du patrimoine et nous permet de faire appel aux dons pour obtenir un financement afin d’aquérir ce moteur et effectuer la traversée du centenaire.  Tout le monde se mobilise et nous avons quelques partenaires dont Chalair qui nous soutient depuis le début. Nous sommes espérons obtenir de nouveaux partenaires pour terminer la construction de cet avion.

AeroWeb-fr.net : vous n’en êtes qu’au début, mais à terme, espérez-vous faire de Replic’Air une association dédiée à la réplique d’avions anciens ?

Arnaud Montoya : Notre but est triple. Premièrement, la réplique de l’avion de manière numérique. Grace à ces plans, nous avons un pouvoir de diffusion massif et une transmission du patrimoine plus aisée. Il y a beaucoup d’associations qui reconstruisent des avions pour préserver le  patrimoine, mais elles n’ont pas de grosse diffusion, sauf lors des meetings aériens. Nous avons choisi de représenter l’avion en meeting bien sur. C’est un biplace et on peut faire monter quelqu’un pour ne pas qu’il ne fasse que le regarder voler. Ensuite, nous voulons diffuser ce patrimoine aux écoles, aux étudiants aéronautiques pour en faire des études et rétrocéder ces plans à tous les musées qui le souhaitent. Troisièmement, nous mettons en lien les étudiants et les anciens. Parfois, lors de la modélisation, les calculs correspondent mais dans la réalité il peut y avoir des contraintes ou des soudures différentes. Nos aînés répondent présent pour transmettre leur savoir. C'est important de savoir que nous avons la reconnaissance de nos pairs. 

AeroWeb-fr.net :Pour le faire voler, il faudra des autorisations. Comment cela se passe-t-il avec la DGAC ?

Arnaud Montoya : Tous les contacts ont été établis avec la DGAC et pour la certification de l’appareil. On parle beaucoup de Replic’Air et on espère que ce centenaire sera une fête de l’aéronautique et on fait tout pour que ce le soit. Nous préparons beaucoup de choses en avance. Nous avons déjà envoyé les dossiers à la DGAC. Nous travaillons en synergie avec eux.

AeroWeb-fr.net : Vous avez aussi un nouveau site, Replic'Air.fr ...

Arnaud Montoya : Nous avons évolué. Nous souhaitions lancer notre nouveau site pour le Rassemblement de Biscarrosse. Nous sommes ravis que, pour le rassemblement, le site soit en ligne avec une diffusion plus large auprès du public.

AeroWeb-fr.net : Enfin, je vois derrière vos une photo ancienne d’un type G avec des flotteurs. Est-ce que cela pourrait être possible pour un prochain rassemblement d’hydravions ?

Arnaud Montoya : Justement, une fois que le vol du centenaire sera terminé, nous allons modifier la réplique et la transformer en version hydravion. C’est la raison pour laquelle nous sommes à Biscarrosse. Roland Garros a volé pour la première fois en version hydravion un jour après avoir appris à piloter sur l’eau. On espère être là au 15e Rassemblement International d’Hydravions dans deux ans avec la version hydravion et je pense même que les flotteurs seront la partie la plus difficile à réaliser à cause de modifications dans la construction. On pensait que les ailes seraient compliquées et on arrive à la conclusion que les flotteurs seront les plus durs. Nous avons une bonne équipe. C’est un projet unique pour le centenaire qui se prépare. Beaucoup de monde nous suit. Les anciens nous aident aussi.

AeroWeb-fr.net : Merci beaucoup.

Plus d'informations sur leur site, ReplicAir.fr.

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